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Depuis des années, "on" le dit, la France se droitise... Ok... Soit... La traduction est que les Français tendent de plus en plus sur les valeurs traditionnelles de la droite ; sécurité, libéralisme économique, tradition morale, ...

Je ne peux que le regretter, en être un spectateur attristé, mais je tente, par tous les moyens, de faire avancer le débat, malgré tout. Et de réfléchir, de faire réfléchir [1], de débattre, d’argumenter.
Depuis longtemps me tient à cœur la notion de "corps intermédiaires". Les corps intermédiaires sont les acteurs de la société civile, entre l’Etat et le peuple, entre le pouvoir et les électeurs, entre les dirigeants et les citoyens. Ces corps intermédiaires sont donc entre moi et un autre qui aurait du pouvoir sur moi ; pouvoir de me contraindre, pouvoir de gérer ma vie, pouvoir de m’embaucher, ...
Dans les corps intermédiaires, on va donc trouver une multitude d’acteurs ; la presse, les syndicats, les associations, les religions, ... Tous les réseaux et organismes qui vont accompagner, aider et soutenir l’individu à comprendre ce que le pouvoir (quel qu’il soit) au dessus de lui peut et ne peut pas faire.

Penser que l’individu, par sa seule existence, peut se battre et remporter seul un combat face au pouvoir, relève des fables de "David et Goliath" et mettrait à mal bon nombre d’expériences de psychologie sociale. L’être humain est un être social, et non grégaire, il a besoin de se retrouver, de communiquer, le tout dans une hiérarchie sociale et organisée. Et l’instinct de se regrouper est avant tout un instinct de survie car à plusieurs, on affronte mieux les difficultés. C’est ainsi que les premières solidarités sont la famille, la tribu (Qu’on associera au territoire par la suite), la religion et enfin, très tardivement, la nation.
Bref.

Le libéralisme philosophique souhaite minimiser les contraintes liées à l’individu, comme le libéralisme économique le développe aux entreprises. Moins de contraintes, moins de règles, plus de liberté, plus de souplesse.
Et bien entendu, un intermédiaire est une contrainte ; c’est la secrétaire filtrant pour mon prospect, c’est l’accueil barrant l’accès à l’entreprise, c’est le sous chef avant le patron. Là, ce sont des visions négatives de l’intermédiation. Mais ce sont aussi les bénévoles qui accompagnent le nécessiteux dans les services administratifs, c’est le tuteur qui aide la personne avec handicap psychique, c’est le délégué syndical qui défend le salarié.

On a beaucoup reproché à Sarkozy de ne pas tenir compte des corps intermédiaires dans sa politique, conforme à l’esprit libéral qui l’anime. Faisant fi des syndicats, des réseaux formels, des associations, il a conduit sa politique comme son idéologie libérale le lui indiquait : rendre direct la relation entre lui et le citoyen. Et de l’appliquer au reste de la société.

L’intermédiaire peut être perçu comme un obstacle à la liberté individuelle, car il faut composer avec son regard, son approche, ses propres contraintes et souplesses.
Mais l’intermédiaire, le vrai [2], sera lui même accompagné par une structure plus large, dans laquelle il trouvera formation, information, confrontation, évolution et apprentissage de compétences.
Il sera donc à même d’avoir une vision plus large, moins ego-centrée, avec une stratégie plus expérimentée pouvant voir 2 à 3 coups d’avance. N’oublions pas que la vision libérale est l’individu, puis le groupe.

Si je prends l’exemple de l’entreprise, haut lieu du libéralisme économique en général, le délégué du personnel, syndical et toutes les autres instances représentatives du personnel (IRP), sont des intermédiaires entre le salarié et la direction. Le droit du travail étant, par définition, un droit déséquilibré au profit de l’employeur (Relation d’autorité de l’employeur sur le salarié), le code du travail par ses accords et lois permet de mettre en place un contre pouvoir dont les IRP sont les acteurs. Supprimer le pouvoir des IRP est le rêve du patronat le plus dur, l’atténuer petit à petit reste accessible.

La réforme du code du travail engagé par Hollande sifflait le début des difficultés. Un gouvernement qui engage une réforme n’augure, en général, rien de bon ! La réforme est vu dans les têtes comme le moyen de faire sauter des "verrous" ou des "contraintes" qui seraient supposés entraîner des dégâts dans l’économie. Les faire sauter est l’objectif de toute réforme, et a pour conséquence de placer, irrémédiablement, le décideur politique comme un meneur, un pourfendeur des conservatismes, un moderne, un réaliste, un pragmatique. Valls s’y reconnait donc totalement.

La première annonce faite par la Ministre du travail, Myriam El Khomri, aura été un joli missile : le référendum des salariés sera un outil au service de l’avancée des accords. L’idée est de pouvoir valider un accord si il est signé par des organisations syndicales recueillant au moins 50% aux élections professionnelles, ou d’enclencher un référendum salarié qui validerait l’accord signé par des organisations recueillant au moins 30% aux élections professionnelles.

Ah, la démocratie directe... Demander aux concernés ce qu’ils en pensent et faire que leur parole soit la vérité...
Pour le démocrate que je suis, il serait difficile d’aller contre... Sauf que...
Passons sur l’objectif à peine dissimulé de mettre encore plus à l’écart les syndicats non réformistes, plus radicaux, qui nuisent au bon déroulement de la signature des accords. Exit les CGT, FO, SUD et autres remuants, restons entre gens de bonnes compagnies : CFDT, CFTC, CGC.
Le salarié serait donc reconnu dans sa citoyenneté dans l’entreprise et il pourrait reprendre la parole que des "méchantes" organisations syndicales lui auraient prise... Et donc, accepter les accords que la direction lui propose à lui, himself, personnellement, qui vont dans son intérêt à lui, himself, personnellement.

Exit les intermédiaires ! Soyons donc en relation directe avec Dieu ! [3]. Soyons en face à face puisque cela me concerne directement. L’élection transforme la relation des dominants et des dominés en l’aplatissant, la rendant horizontale, faisant croire aux dominés que pendant un temps, il ne l’est plus et qu’il est l’égal du dominé.

Là, se pose la question de la citoyenneté. Quel que soit l’endroit où il s’exerce, le droit de vote doit s’accompagner d’une campagne, d’une nécessaire pédagogie. D’où l’intérêt des partis politiques par exemple, mais aussi des associations citoyennes qui vont venir contre balancer leurs discours. L’électeur, avant de voter, doit se renseigner, connaître le sujet pour comprendre son choix et le faire au mieux de ses intérêts, de ceux de son groupe.

Comment le salarié, seul, ne représentant que lui même, n’ayant d’intérêt à défendre que les siens [4], pourrait avoir la décision la plus efficiente dans un contexte où il n’y pas totale liberté d’agir ? Subordination par le code, incapacité à avoir accès à l’ensemble des données, crainte de perdre son emploi, ...

Cette procédure serait donc, sous des couverts de démocratie et de respect du vote, un simulacre. Et une pierre supplémentaire de la dérive libérale de ce gouvernement...

Notes

[1avec toute la prétention que cela suppose dans mon propos

[2Pas le voisin de palier ou le collègue de bureau

[3La relation directe avec Dieu est l’un des principes des Protestants. Et le pays des Protestants, c’est les USA. Dont act !

[4En premier lieu

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