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Cela fait longtemps que je n’avais pas écrit sur la sécurité routière... Il est vrai qu’ayant quitté le BN de la FFMC, je me sentais moins "concerné" publiquement pour m’exprimer ici. Et puis, l’édito de Dominique Seux sur France Inter mardi m’a fait pensé le contraire [1].
En substance, il s’étonnait que les Ministres n’aient pas été plus interpellés que cela par les chiffres et annonces liées à la sécurité routière. Il disait que les grandes figues des partis n’avaient pas dit un mot, que les Ministres, hors Cazeneuve [2], n’avaient rien dit (L’éducation nationale ? Les transports ? Jeunesse et Sports ?). Il indiquait que ce sujet faisait consensus dans la classe politique mais ajoutait juste après qu’on pouvait être d’accord sur les objectifs, mais pas forcément sur les moyens.

Et ça, c’est juste la définition de la POLITIQUE ! Moi, d’habitude, je prends un autre sujet pour cette approche. Je donne l’exemple du chômage : droite et gauche veulent le réduire, mais les partis n’ont pas les mêmes moyens pour atteindre l’objectif partagé.
La sécurité routière, c’est pareil !

Les chiffres 2014 ne sont pas bons : +120 morts (+3,7%) par rapport à 2013. C’est triste, c’est dramatique, mais vu la chute qui se produit depuis 50 ans, il faut relativiser car en un demi siècle, les routes ont été 15 fois plus sûres alors que le trafic routier a été multiplié par
La première voiture est arrivée en France en 1894. En 1938, on estimait à 1,8 million de voitures particulières pour environ 9000 km / an (Estimation là encore).

En 1970, il y avait 13 millions de voitures. Alors que maintenant, le parc automobile en circulation est estimé à plus de 38,2 millions de véhicules au 1er janvier 2013 [3] ! Entre 1938 et 2014, le nombre de véhicules a été multiplié par 21, et depuis 1970 [4], multiplié par presque 3 !
Le réseau routier français regroupe plus d’un million de kilomètres de voies diverses, dont 10.950 km d’autoroutes (concédées et autoroutes non-concédées), 9.100 km de routes nationales, 377.000 km de routes départementales et 630.000 km de voies communales et communautaires. Et même si les études montrent que les Français ne privilégient plus leurs bagnoles pour les déplacements longs, les véhicules individuels sont suffisamment nombreux pour encore faire qques morts sur la route.

D’ailleurs, les statistiques de mortalité et d’accidentologie routières parlent d’elles mêmes...

En 30 ans, on a deux fois moins d’accidents, deux moins d’accidents mortels, deux fois moins de tués à 6 jours, 2 fois moins de blessés légers et 4 fois moins de blessés graves. Alors qu’en 30 ans le parc automobile a "gagné" 30% !


(Evolution du nbr de km parcourus et du nbr de tués sur la route)

En vingt ans, le nombre de tués a été divisé par plus de 2, alors que la circulation augmentait de près de 80 %. C’est dans les années 1990 que la courbe de mortalité s’infléchit. Elle correspond à plusieurs faits marquants comme un changement d’axe de communication dans les campagnes DSCR (On passe du "Boire ou conduire, il faut choisir" au "Savoir conduire, c’est savoir-vivre" ou au "Combien de temps allons-nous supporter ça ? Si chacun fait un peu, c’est la vie qui gagne"), mais aussi à la vraie prise en compte de l’usager dans les opérations avec par exemple l’introduction du continuum éducatif à l’école (Délivrance de l’ASSR 1er et 2e, attestation scolaire de sécurité routière) et des changements dans la formation à la conduite : apprentissage anticipé de la conduite, durée et le contenu de l’examen de conduite automobile.
Bref, on pense "sécurité routière" et pas que "répression routière"...

Malgré tout, les effets sont principalement dus aux véhicules eux mêmes, car en 30 ans, les véhicules ont su devenir plus sûrs par l’utilisation plus forte de la science : matériaux qui se déforment, airbags, ceintures de sécurité performantes, abs, ...

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Et ceci constitue pour moi l’un des soucis majeur de l’accidentologie des jeunes : peu de moyens, on prend au moins cher, donc les petits véhicules, les plus anciens, les moins côtés,... Donc ceux qui protègent le moins en général. Et quand l’accident survient (quelque soit la raison), le véhicule protège moins que celui que le conducteur plus aisé aura pu se payer. Nous sommes donc inégaux devant l’arbre ou le poteau dans l’accident... On voit rarement le jeune se payer une grosse volvo (même pas dernier cri), mais plutôt une voiture légère... Comparez l’épaisseur des tôles et vous aurez compris l’impact du choix...

Alors, pour qu’un accident survienne, il faut des facteurs déclenchant l’accident. Si mes souvenirs sont bons, il en faut 3 minimum. C’est à dire qu’il faut 3 éléments permettant de déclencher un accident pour qu’en moyenne, un accident se mette en place. Ce n’est donc JAMAIS un seul facteur. Et surtout, il faut qu’il soit DECLENCHANT ! Par exemple, la vitesse n’est pas un facteur déclenchant mais aggravant, le facteur déclenchant sera la perte de contrôle, le nid de poule, l’alcoolémie,... En effet, si on ne roule pas (donc vitesse à 0 km/h), on peut avoir un accident, mais il sera probablement moins grave. Les pouvoirs publics n’informent jamais sur cette notion de facteurs déclenchant, aggravant, préférant parler de "causes" des accidents.

Pour eux, il y en a 4 :

  • Le sexe du conducteur : les hommes ont plus d’accidents, et plus mortels. En 2001, 75 % des morts étaient de sexe masculin et 65 % des 153 945 blessés étaient des hommes soit un rapport d’incidences hommes/femmes de à 3,1 pour la mortalité et de 1,7 pour la morbidité. Cela peut s’expliquer, entre autres, par des "métiers à route" plus masculins, un rapport différent à "son" véhicule, un rapport à la puissance, ... Mais bon...
  • L’âge du conducteur : il a une influence sur le degré de perception du risque et sur le type d’accident et le niveau de gravité pour le conducteur. Pour les jeunes, on est dans le manque d’expérience, mais aussi sur la recherche de sensation fortes ou nouvelles, ou l’alcoolisation ou la prise de drogues. Pour les plus vieux, même si ils compensent en évitant le trafic, la vulnérabilité des corps fait que les accidents sont souvent graves ou mortels.
  • L’état de santé du conducteur ou l’addiction à l’alcool ou à des produits stupéfiants ou encore la prise de certains médicaments : 20 % des accidents mortels en Europe pourraient être attribués à la fatigue ou à l’endormissement, lequel peut être lié à la fatigue, mais aussi à l’alcool, au cannabis et/ou à la prise de certains médicaments (sédatifs, anxiolytiques...), dont en France. Une étude publiée en 1994 a montré que dans le sang de 383 conducteurs responsables d’accidents de la route après avoir consommé de l’alcool, il a été trouvé des benzodiazépines (diazépam, nordazépam, et bromazépam...) chez 52 d’entre eux et des cannabinoïdes chez 31 d’entre eux.
  • Le degré de surestimation des capacités du conducteur par lui-même : Les psychologues ont montré qu’au xxe siècle en Occident, quand un individus se compare à autrui, il estime presque toujours (et généralement à tort) être plus compétent que les autres et il pense aussi faire plus d’efforts pour éviter ou ne pas provoquer les situations ou événements indésirables. Ce biais sociopsychologique nommé optimisme comparatif semble ancré dans la plupart des pays d’Amérique du Nord et d’Europe ; il s’agit d’une croyance individuelle très répandue faisant que « la majorité des automobilistes se considèrent moins exposés au risque d’accident qu’autrui ». En clair, "le danger, ce sont les autres"...

On voit bien avec les causes que seul l’individu est responsable, aidé en cela par sa perception de l’environnement et/ou de son véhicule.

Alors, les programmes de sécurité routière se bâtissent sur ses causes ! Celui du Ministre Cazeneuve d’avant hier n’y déroge pas... Exemples...

Sur France info, j’ai trouvé une liste assez claire des principales mesures [5]. Prenons les...

  • Tolérance zéro pour les oreillettes : Les téléphones au volant sont une vaste hypocrisie depuis des années... "Il est interdit de téléphoner sauf en utilisant un kit main libre"... Certes le fait de tenir le téléphone empêche la bonne utilisation du volant, mais c’est surtout l’inattention qui est facteur de danger : On perd 40% de son attention en téléphonant, bref, on ne voit rien ! [6]. Mesure plutôt positive si ce n’est que les gros consommateurs de téléphone au volant sont passés au bluetooth et ont lâché l’oreillette depuis longtemps... ("oreillettes, casques et écouteurs seront interdits")
  • L’alcoolémie autorisée abaissée pour les jeunes : "Les jeunes conducteurs seront contraints à une limite d’alcool de 0,2 g/l de sang (au lieu de 0,5 g/l), soit moins d’un verre d’alcool. Cette mesure concerne les conducteurs ayant moins de trois ans de permis, ou moins de deux ans pour ceux étant passés par la conduite accompagnée". Mesure démagogique ! Pourquoi que les jeunes qui subissent déjà le "permis au rabais de points" [7] ?! Soit on ne tolère aucun alcool au volant, soit on met le même taux à tout le monde !
  • Le stationnement interdit près des passages piétons : En ville, plus d’un piéton sur trois tué meurt sur un passage piéton à cause des véhicules garés à proximité et nuisant à la visibilité. Vu le nombre de passages piétons, le nbr de places de stationnement va DRASTIQUEMENT et mécaniquement diminué. Je pense qu’elle ne s’appliquera pas...
  • Des débits de boissons mieux contrôlés : "Les débits de boissons qui ne mettent pas d’éthylotests à disposition de leurs clients seront davantage sanctionnés" avec risque de fermeture temporaire ou définitive. Alors que la mesure existe déjà, elle n’est pas appliquée... Mesure démagogique.
  • Les vitres surteintées dans le collimateur : "Selon Le Parisien, 160 000 véhicules s’équipent chaque année de vitres surteintées, qui peuvent empêcher les policiers d’identifier un conducteur sans ceinture ou en train de téléphoner". Je dois vraiment commenter ? 160 000 véhicules sur 38 millions (0,42%)
  • De nouveaux types de radars : pour qu’ils prennent devant et derrière et ainsi éviter de ne pas prendre le conducteur. Tout droit dans la continuité de la "responsabilité financière du titulaire de la carte grise" [8], on voit bien que l’idée est de plus sanctionner plutôt que de faire ralentir.
  • Les obstacles dangereux supprimés : le motard que je suis ne pourrait que se satisfaire de cette mesure. Mais je ne crois ABSOLUMENT PAS à sa mise en place pour de simples questions budgétaires (de recensement, de suppression, ...)

Bref...

En fait, je suis d’accord avec Dominique Seux [9] mais le consensus existe autour de cette question. Mais c’est surtout que les politiques ne s’intéressent pas aux moyens d’arriver aux résultats, et laissent donc la réflexion et la mise en œuvre aux techniciens de la DSCR, qui eux, fonctionnaires de l’Etat, sont là depuis 40 ans... Et leurs idées sont comme les voitures des jeunes : vieilles, moisies et sans épaisseur.

Notes

[1D’habitude j’écoute cet hyper libéral d’une oreille très distraite, mais là...

[2Ministre de l’intérieur

[3Baisse de 1% en 2014

[4La décennie des quadras !

[5Le dossier complet est sur le site du Ministère de l’intérieur...

[6Essayez de jouer à un jeu vidéo en téléphonant à votre maman !

[7Qui leur met un épée de Damoclès supplémentaire, et visiblement sans effet !!

[8La délation à la sauce Gayssot

[9Ca me fait mal !

2 Messages

  • J’ai trouvé un dernier point de mesure prévue, il s’agit d’obliger les récidivistes ayant été contrôlés positif à l’alcool à équiper leur véhicule d’un kit de démarrage lié à un alcotest. Cette mesure semble avoir de bons résultats quand elle est mise en place. Voilà un exemple de mesure pédagogique et préventive.
    Pour ce qui est des mesures contraignantes, tout cela est bien gentil, mais étant donné que rien n’est mis en place pour réellement sanctionner les utilisateurs de téléphone au volant, ils pourront encore continuer pendant longtemps...

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  • Ajoutons que la sécurité routière, à la différence d’autres risques, est un risque dont la majorité des solutions proposées apporte des finances non négligeables à l’Etat et collectivités territoriales (Radars, PV,...)
    C’est aussi un risque très ’émotionnellement rentable’... Montrer des images d’un carambolage à 20h00 au JT, vous ferez passer facilement des mesures répressives, largement applaudies par les associations de victimes totalement subventionnées par les pouvoirs publics, et sans réelle base militante.
    L’émotion fait vendre, que ce soit pour les téléthons ou les radars...

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