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Il y a des films qui passent inaperçus dans la vidéothèque, qu’on retrouve un moment par hasard, et qui scotchent. C’est le cas de "droit de passage". Comme d’habitude, je l’ai regardé lors d’un trajet de train [1] et le monde s’est arrêté pendant 2 heures.

Point de bagarre, point de vaisseaux spatiaux, juste des parcours sociaux, avec des humains, aux Etats Unis, servis par un collectif d’acteurs prestigieux. Imaginez ! Harrison Ford, Ray Liotta, Ashley Judd ou encore Alice Eve. Et bien d’autres. Découvrons la bande annonce qui vous mettra, j’en suis sûr, en appétit !

Donc, vous l’aurez compris, cela parle de politique d’immigration aux Etats Unis. Et au travers de cette politique, le film décrit 4 parcours d’étrangers souhaitant devenir américains et qui recourt à des méthodes illégales pour y arriver, après avoir utilisé les moyens légaux. 4 individus, 4 parcours, 4 moyens différents (la fabrication de faux papiers, la corruption et l’expulsion ou le départ volontaire de membres d’une famille pour permettre à d’autres de demeurer). La prostitution, la violence et la trahison deviendront leur monnaie d’échange, leur ultime recours.

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Cela commence par l’intervention de Max Brogan (Harrison Ford), agent de l’immigration, avec son collègue Hamid Baraheri (Cliff Curtis) dans un atelier clandestin de création de vêtements. Hamid et Max sont collègues mais également amis. Hamid fait partie d’une famille musulmane iranienne dont la soeur Zara s’est "un peu trop" américanisée. Leur famille a d’ailleurs bien réussi leur intégration puisque le patriarche est riche et ses enfants ont fait de belles carrières.

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Seule la fille dénote un peu. Zara Baraheri (Melody Zara) sort avec un employé de commerce, un peu drogué, un peu paumé, probablement comme elle. Son frère Hamid est fonctionnaire fédéral, son autre frère Farid (Merik Tadros) est avocat, donc ils incarnent la droiture, le respect et la loi. Leur père est un homme d’affaires respectable qui s’est construit tout seul. Les tensions sont dures entre la soeur et les frères, preuve lors d’une fête familiale pendant laquelle Max Brogan assistera à une altercation entre les frères et la soeur.

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Brogan et Baraheri interviennent donc dans un atelier clandestin et embarque les clandestins mexicains pour reconduite à la frontière. C’est là que Max rencontre une jeune mère mexicaine Mireya Sanchez (Alice Braga) qui l’implore de s’occuper de son fils car elle ne pourra pas aller le chercher. Sur le coup, Brogan rejette sa demande, mais après quelques heures de torture mentale, il ira chercher le petit garçon et le ramènera chez ses grands parents. Et là, il apprendra que Mireya est repartie avec des passeurs pour aller chercher son fils. Mais que personne n’a de nouvelles d’elle. Il remuera la police des frontières pour la retrouver, rongé par un sentiment qu’il n’a pas jusque là connu, le remord de l’intransigeance devant la misère humaine et l’aspiration à vivre mieux [2].

Autre parcours, autre contexte, autres acteurs. Là, c’est un jeune duo (Pour ne pas utiliser le terme de couple qui n’est pas approprié, vous pourrez le voir dans le film) australien. Tous les deux acteurs en herbe, Claire Shepard (Alice Eve) et Gavin Kossef (Jim Sturgess) cherchent à obtenir la carte verte pour rester travailler.

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Claire rencontrera Cole Fränkel (Ray Liotta), fonctionnaire au service des papiers de régularisation, après s’être fait refusé sa carte verte une nouvelle fois, faute de travail régulier. Elle percute la voiture de Cole Fränkel en quittant le parking de l’administration. Lui est un fonctionnaire libidineux qui voit vite en cette jolie jeune femme un moyen de casser la routine conjugale.

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Il lui propose donc un marché horrible : elle couche avec lui à sa guise pendant un certain temps, sans broncher, sans rechigner [3] et elle obtiendra sa carte verte. Cela durera un certain temps, très long pour elle, trop court pour lui, et cela cassera le début de liaison qu’elle avait avec Gavin. Ce non choix pour elle ne sera pas assumée et elle vivra très mal la situation, on peut le comprendre.

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Quant à Gavin, acteur et roublard, il utilisera son nom à consonance juive (Pour rappel, Kossef) en tenant de se faire passer pour un rabbin. Et pour cela il doit connaître la Torah, les rites et les chants juifs. Il sera contrôlé par l’administration et par un autre rabbin. Sachant qu’il a renié la religion depuis longtemps, il aura beaucoup de mal à apprendre les textes et chants hébreux et encore plus à être crédible devant le fonctionnaire de contrôle.
Lui est amoureux de Claire et apprendra avec douleur ce qu’elle fait pour avoir sa carte verte. Il lui reprochera fortement de se prostituer [4] et la chassera de sa vie avec violence [5].

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Enfin, dernier parcours, un peu différent, à l’envers dirons nous. C’est l’histoire de Taslima Jahangir (Summer Bishil), jeune fille d’une quinzaine d’années, dans une famille de 3 enfants, dont les parents sont installés légalement aux USA. Ado, un peu rebelle, sûrement un peu déboussolée par la double culture. Le reste de la famille est bien intégré tout en préservant la culture. Elle porte le foulard et revendique sa culture. Lors d’un exposé en classe, elle porte des propos ambigus sur les terroristes du 11 septembre en expliquant que leur choix était limité et que cette alternative (le terrorisme) était une alternative de courage et qu’on peut comprendre. Quand on écoute bien les propos, avec recul, intellectuellement, cela se tient. Mais aux Etats Unis, le tabou du 11 septembre ne permet que peu d’interprétation, surtout dans le sens des terroristes. Au début, ce sont les railleries des camarades, mais c’est surtout le FBI qui arrivera pour interroger Taslima et découvrir des traces de navigation sur des sites fondamentalistes.

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Le marché tombe : elle quitte le pays et le reste de la famille peut rester, sinon tout le monde part. Après des déchirements et une affaire suivie par l’avocate Denise Frankel (Ashley Judd), la décision tombe et elle doit quitter le territoire, accompagnée par sa mère car son père est le seul à travailler. Les deux femmes quittent le pays pour retourner dans un pays qu’elles ne connaissent plus, possédant une politique difficile pour les femmes et sans attache familiale profonde. Déchirements, pleurs et séparation pour un droit d’expression à taille variable [6].

Voilà en quelques mots le résumé du film. C’est un film profond, avec des personnages attachants. Cela reflète bien l’application de règlements, donc froids et déshumanisés, à des situations sociales de détresse, donc par définition humaines. L’histoire ne prend pas partie pour tel ou tel "bon" côté, il ne dénonce pas, comme souvent les films américains. Ce n’est pas un film engagé, c’est un film témoignage, qui racontent des histoires qui sont probablement vraies / plausibles / possibles.
Harrison Ford joue dans son registre "sensible, humain" comme quelques trop rares films, comme dans "Mosquito Coast" par exemple. J’aime cet acteur, sur tous ces registres, du "héros" à la "Han Solo" jusqu’à ce rôle en passant par "Working girl" ou "À propos d’Henry". Ray Liotta est dans ses rôles ambigus de salaud profiteur, Ashley Judd en avocate sensible contre le système qu’elle cautionne (de fait) par ailleurs, ...

Un film à voir !

Notes

[1je regarde beaucoup de films et séries dans le train

[2Cela veut dire "en Amérique", chacun voit...

[3voulant dire "quelque soit la demande", au cas où vous n’auriez pas compris !

[4appelons un chat un chat

[5Autre déchirure pour Claire, soit dit en passant !

[6selon l’age et le sujet

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