dimanche, 9 août 2020|

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Pourquoi je n’aime pas le Puy du fou ?!


Habitant la Loire Atlantique, département voisin de la Vendée, je connais bien l’attirance du Puy du Fou pour les gens. Et sans aller plus loin pour l’instant, il est évident que ce "spectacle" a réussi son pari de sortir la Vendée de sa torpeur des dernières décennies. On peut critiquer Philippe de Villiers, on ne peut pas lui retirer le travail qu’il a produit pour faire connaître le département. On pourra lui reprocher quand même l’aménagement du territoire qui a donné (quasi) exclusivement la priorité au littoral au détriment des terres.
On peut lui reprocher sa ferveur identitaire vendéenne. Le Puy du Fou en est l’étendard, mais on peut aussi citer tous les musées liés aux guerres de Vendée (Contre révolutionnaires, rappelons-le) et aux acteurs qui l’ont faites (Musée de la Chabotterie entre autres).

Les guerres de Vendée ont fait partie de la Chouannerie en représentant la partie sud cette guerre civile opposant les royalistes aux républicains. La guerre nord était conduite par les bretons. Ces deux territoires soulevés se retrouvent sous le terme globalisant de "guerre de l’ouest". Ne nous trompons non plus car la guerre de Vendée dépassait largement le territoire du département actuel. Sous le vocable de "Vendée militaire", on retrouvait 735 communes, peuplées au début de la guerre de 755 000 habitants, répartie entre les anciennes provinces du Poitou, de l’Anjou et de la Bretagne. Cela comprenait également le sud de la Loire-Inférieure (Sud de la partie sud actuel de la Loire Atlantique), le sud-ouest du Maine-et-Loire (région des Mauges) et le nord-ouest des Deux-Sèvres (Limitée par les places fortes républicaines : Nantes, Angers, Saumur, Thouars, Parthenay, Luçon, Fontenay-le-Comte et Les Sables-d’Olonne). Ce qui est surprenant, c’est qu’on retrouve encore actuellement ces différences d’esprit dans les votes et les approches politiques de ces territoires.

Elles se déroulent sous la Terreur, période peu glorieuse de la Révolution française caractérisée par un Etat d’exception, des violences d’Etat et des exactions d’individus se réclamant de son autorité. Elle s’est traduite par des exécutions de masse et est associée dans l’iconographie populaire à la guillotine. Le mot désigne l’ensemble des violences qui se sont produites jusqu’au 28 juillet 1794 et la chute de Robespierre. Le début fait débat chez les historiens.

Ce dont on peut être sûr, c’est que ces guerres furent sanglantes, à l’image de l’époque qui ne prenait pas beaucoup de pincettes pour régler les problèmes politiques. Certainement, la population vendéenne a souffert, de nombreux massacres ont eu lieu, dont ceux des fameuses colonnes infernales. Ce terme désigne les opérations menées par les armées républicaines du général Turreau afin de détruire les dernières troupes vendéennes. De janvier à mai 1794, les colonnes quadrillent les territoires insurgés en Maine-et-Loire, dans la Loire-Inférieure, la Vendée et les Deux-Sèvres. Incendies, viols, tortures, pillages et massacres des populations, souvent sans distinction d’âge, de sexe ou d’opinion politique coûteront la vie à des dizaines de milliers de personnes. Loin de régler la guerre, elles provoqueront un sursaut de la population de la Vendée militaire. C’est une des applications (sordides et radicales) de la décision par la Convention nationale de l’anéantissement de la Vendée le 1er août 1793 :

« Article 6 : Il sera envoyé en Vendée des matières combustibles de toutes sortes pour incendier les bois, les taillis et les genêts.
Article 7 : Les forêts seront abattues, les repaires des rebelles seront détruits, les récoltes seront coupées par les compagnies d’ouvriers, pour être portées sur les derrières de l’armée, et les bestiaux seront saisis.
Article 8 : Les femmes, les enfants et les vieillards seront conduits dans l’intérieur ; il sera pourvu à leur subsistance et à leur sécurité avec tous les égards dus à leur humanité. »

Explicite...

Il y aura d’autres insurrections de la Vendée, soulèvement de 1815 ou tentative de la duchesse de Berry en 1832. Ce dernier épisode marque d’ailleurs la naissance d’une conscience régionale spécifique. Et comme je le disais plus haut, la Vendée se distingue, depuis la Révolution, et toujours, par une fidélité politique aux mouvements politiques conservateurs. Les « martyrs » de 1793 occuperont le premier plan de la mémoire vendéenne pendant l’essentiel du xixe siècle. On estime à environ 170000 tués lors des guerres de 1793, avec 25% de républicains. On entend parler de génocide vendéen, mais les historiens débattent pour cette utilisation de terme. Les régionalistes vendéens l’utilisent par contre, facilement.
Et la droite dure [1] et l’extrême droite [2] déposent régulièrement des propositions de loi pour faire reconnaître le génocide vendéen, voire abroger des lois révolutionnaires, et ainsi discréditer les révolutionnaires républicains.

Donc, pour conclure, de nombreux massacres, dans une période trouble de notre histoire, mais qui a marqué fortement l’esprit et ancré ce territoire dans des idées fortement conservatrices et de "revanche" ou de "réaction".

Revenons au Puy du Fou. A l’origine (178), ce n’était qu’une cinéscénie, c’est-à-dire un spectacle nocturne avec lumières et effets pyrotechniques. Assuré par des bénévoles, le spectacle retrace l’histoire de la Vendée à travers la présentation de scènes de la vie quotidienne d’une lignée de paysans du Moyen Âge au xxe siècle. Le grand parc du Puy du Fou a été ouvert en 1989 et lui reprend des mises en scène historiques de l’histoire de la région.

On y trouve des animaux dressés (chevaux, rapaces, grands félins et bétail) et des effets spéciaux et pyrotechniques. On peut y voir également la présentation des coutumes ancestrales avec un fort du Haut-Moyen Âge, un village du bas Moyen Âge, un village du xviiie et un Bourg du début du xxe, tous reconstitués, et où travaillent des artisans formés aux techniques de chaque époque. C’est à coup sûr un spectacle, puisqu’en 2014, il est le troisième parc à thème de France par sa fréquentation derrière Disneyland Paris et ses parcs Disneyland et Walt Disney Studios.
Ceci étant, que ce soit le spectacle cinéscénique ou le parc d’attractions, on y présente une vision arrangée de l’histoire de la Vendée. La plupart des personnages présentés dans les principaux spectacles historiques du parc sont chrétiens et défendent leur village, leur royaume, la monarchie ou le catholicisme face à des ennemis (Romains, Vikings, Anglais mais aussi troupes républicaines lors de la guerre de Vendée). Le parc met notamment en avant certaines figures royalistes du soulèvement vendéen.
L’historien Michel Vovelle, professeur d’histoire de la Révolution française à l’université Panthéon-Sorbonne et ancien directeur de l’Institut d’histoire de la Révolution française, qui qualifie le Puy du Fou de « spectaculaire révision de la Révolution française » proposant une « vision passéiste du monde et une mémoire qui est loin d’être innocente ». Jean-Clément Martin, historien spécialiste de la Révolution française, de la Contre-révolution et de la guerre de Vendée, et Valérie Sottocasa, maître de conférences en histoire moderne à l’université Toulouse-Jean-Jaurès, soulignent le spectacle, « d’emblée militant et symbolique » exalte « le mythe d’un âge d’or durant lequel nobles et gens du peuple étaient soudés par un même idéal communautaire ». Le spectacle de la cinéscénie dépeint une société paysanne vendéenne faussement uniforme « privée de ses contradictions internes, soumise aux aléas des saisons et des traumatismes extérieurs ». Il cache les combats entre catholiques et protestants en Vendée pendant les guerres de religion et les rapports de domination économique et sociale entre les paysans et les nobles. La foi et l’émotion contre la réflexion.
Et sur un plan social, le parc de loisirs est régulièrement confronté aux critiques des organisations syndicales d’intermittents du spectacle. En effet, pour elles, l’utilisation (très) massive de bénévoles est une concurrence déguisée vis à vis des intermittents.

Et encore récemment, en 2016, l’achat d’un anneau datant du xve siècle, présenté comme une relique de Jeanne d’Arc par le parc d’attractions le Puy du Fou suscite les doutes sur l’authenticité de l’objet par les historiens médiévaux, mais est également décrié comme un ultime geste par Philippe de Villiers (Ancien Président du département, créateur du spectacle et frère du directeur) pour tordre l’histoire vers un rapprochement d’un discours identitaire et d’une gestion spectaculaire et libérale. Il se situe alors dans le droit fil de l’ancienne Action catholique. Depuis le début du XXe siècle avec l’Action française de Charles Maurras, Jeanne d’Arc a été accaparée par l’extrême droite qui en fera, sous Vichy, une égérie de l’antisémitisme. Aujourd’hui, réactiver la figure de la jeune martyre revient à affirmer que la France serait, par nature, une nation chrétienne. Jeanne d’Arc, tuée par des Anglais, sert à mobiliser contre la figure de l’étranger : hier, le juif, aujourd’hui, les migrants et les musulmans. Tout ce petit monde viendrait détruire les « racines chrétiennes » de la France.
Et même le droit de réponse de Philippe de Villiers à un article du Monde paru le 27 mars 2016 intitulé « Comment Philippe de Villiers récupère le mythe de Jeanne d’Arc » termine, selon moi, par l’idée bien démagogique de l’élite contre le peuple :

Curieux contraste : dans les hautes sphères, on fait la moue. Devant l’anneau, on fait la queue.

Là encore, la foi et l’émotion contre la réflexion.

Le Puy-du-Fou est un joli patronage. Pour l’ancien président du conseil général, c’est aussi un vivier, même si on ne doit pas parler politique. Son bras droit au parc, Bruno Retailleau, est un ancien bénévole, ayant monté les marches dans la direction du spectacle (Mise en scène). Il deviendra premier vice-président du conseil et sénateur MPF (Mouvement pour la France). Il quittera son mentor pour rejoindre François Fillon quand il sera devenu Président du Conseil Général à la place de son ancien "patron". Il est devenu Président du Conseil Régional en remplaçant de l’opposant historique de De Villiers, Jacques Auxiette (ancien maire de la Roche sur Yon), tout en restant président du groupe des sénateurs UMP. Fidèle de Fillon, il a quitté la Présidence de la Région après le retrait de son (nouveau) mentor aux Présidentielles.
Jacques Auxiette disait du Puy du Fou que c’était "une mystification dont l’objet est idéologique. Elle consiste à présenter la Vendée comme un pôle de résistance à la République".

Enfin, pour conclure, le Puy du Fou, c’est un spectacle et un parc. Mais organisés autour d’une association et d’une fondation (Et on sait que les fondations ne sont absolument pas des organismes démocratiques, mais bien des organismes financiers, certes à but non lucratif, mais financiers tout de même). L’association et la fondation distribuent des dons à des causes. Surtout orientée... Vers le Liban (On y verra le pays du symbole de l’affrontement entre les musulmans et les chrétiens)... Vers des organismes anti IVG et anti euthanasie, partenaire du collectif La Manif pour tous, comme la Fondation Jérôme Lejeune (50000€ en 2015).

Ce qui me navre dans cette histoire, c’est le détournement habile de visiteurs sincères pour des orientations révisionnistes de l’histoire et conservatrices. La réécriture de l’histoire de la Vendée et la présentation d’une société n’existant pas mais correspondant à un idéal réactionnaire se font au détriment du touriste. Son argent sert un projet politique de contre vérité et même de soutien à des causes détestables. Et tout cela sans le savoir puisque les décideurs font partie d’un clan, reposant pour partie sur du népotisme.
Alors, oui, je déteste le Puy du Fou, je déteste de Villiers qui réécrit l’histoire passée (Guerres de Vendée) et actuelle (Les autoroutes ont été décidées par Paris, et non par lui), je déteste la vision passéiste de l’élite politique de la Vendée (Territoire qui mérite réellement une histoire républicaine, avec toutes les horreurs qu’elle a subi, comme d’autres), et je déteste la récupération pour une ambition déplacée d’une ferveur populaire sincère (Bénévoles) et des envies de fêtes des visiteurs du département.

Cela me rappelle beaucoup un autre article que j’avais fait...


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[1Le 21 février 2007, neuf députés français de droite ont déposé une proposition de loi à l’Assemblée nationale visant à la « reconnaissance du génocide vendéen ». Février 2012, une proposition de loi « tendant à abroger les décrets du 1er août et du 1er octobre 1793 » a été déposée par 52 sénateurs de droite et du centre. Le 6 mars 2012, neuf députés de droite déposent à nouveau une proposition de loi similaire.

[2En 1987, Jean-Marie Le Pen avait déjà déposé un amendement visant à reconnaître un crime contre l’humanité dans les massacres de Vendéens. En février 2012, une proposition de loi « tendant à abroger les décrets du 1er août et du 1er octobre 1793 » est cosignée par des députés UMP et FN pour la première fois sous la XIVe législature. En février 2018, Emmanuelle Ménard et Marie-France Lorho, députées d’extrême droite, déposent une proposition de loi visant à la reconnaissance officielle comme crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide les exactions commises en Vendée entre 1793 et 1794


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